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25 juillet 2021 7 25 /07 /juillet /2021 12:18

Je suis restauratrice…

Malheureusement je suis devenue restauratrice en janvier 2020, suite à un changement de vie et de carrière. Avec mon associé nous avons repris un hôtel, restaurant, bar, tabac, et accessoirement le dernier commerce, d’un village de 130 habitants dans les Alpes de Haute Provence. Nous avons ouvert le 27 février 2020 pour refermer, comme les autres, le 15 mars 2020. Et depuis nous nous adaptons. Nous nous adaptons aux directives qu’on nous demande d’appliquer, nous nous adaptons aux règles qu’on nous demande de suivre, aux ouvertures, aux fermetures, au port du masque, aux distances à respecter, au comptoir fermé. Nous expliquons régulièrement à nos clients le pourquoi du comment, que nous ne connaissons pas toujours et que nous ne comprenons jamais. Nous faisons face à leur incompréhension, à leur colère parfois, mais aussi heureusement à leur soutien.

Aujourd’hui je me demande comment nous allons nous adapter et surtout si nous allons réussir à le faire. Depuis le début de cette crise, j’ai le sentiment que l’on nous met dans une position qui n’est pas la nôtre.

Je ne suis derrière un comptoir que depuis quelques mois, mais mes journées sont souvent les mêmes. J’ouvre à 6h45 pour les premiers cafés du matin : les parents qui déposent leurs enfants au bus scolaire, les premiers travailleurs qui prennent un café avant de partir. Ils se retrouvent, se saluent, discutent, chacun payant sa tournée de cafés. Puis arrivent les premiers retraités, ils viennent chercher leur pain, sont contents de se rencontrer, prennent un café, discutent, rient.

Je dis souvent qu’on est le seul bar de France où les gens se battent pour payer le café. Chaque matin c’est le même rituel, chaque matin ils se battent pour savoir à qui le tour de payer. Chaque matin ils se pressent pour me dire que celle-là de tournée de café c’est la leur.

Je les connais tous par leurs prénoms, je les tutoie, je connais leurs familles, leurs habitudes, leurs horaires. Je m’inquiète quand l’un d’eux ne vient pas de quelques jours. Je suis restauratrice (ou barman) mais je suis plus que ça. Notre bar est le seul lieu de vie du village, le seul qui reste, celui qui permet aux habitants de se rencontrer, de se parler, de garder un lien social. Pendant le premier confinement, ils se cherchaient, ils s’attendaient, et ils ne comprenaient pas pourquoi nous restions ouverts pour le tabac mais pas pour leurs cafés, leurs discussions, leurs moments de partage.

Ce qui nous attend en août m’effraie, je n’arrive pas à accepter la position que l’on me demande, encore une fois, d’endosser. Je vais devoir demander à Thomas, Sébastien, Michel ou Françoise de justifier leur droit d’entrer dans notre bar, dans leur bar. Je vais devoir expliquer à la moitié d’entre eux au moins que non ils ne pourront plus y rentrer, et qu’ils ne pourront plus se battre pour payer le café.  Je vais les voir repartir chez eux, sans pouvoir échanger entre eux, tristes de ces moments qu’ils ne partagent pas.

Je suis restauratrice, mais aujourd’hui ce métier n’a plus rien de ce qui m’a fait le choisir il y a quelques mois.

Alexandra PIZZO

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commentaires

C
Triste...
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Q
Ce témoignage devrait être lu par tous... surtout par les décideurs.
Merci à Alexandra, et merci aussi à toi pour le partage.
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B
Merci pour ce texte Alexandra, qui témoigne de ce que tant d'entre nous ressentent. Je ne vais pas argumenter trop longtemps car ce sujet actuel me fait sortir de mes gonds et j'ai peur de devenir agressive, ce qui n'est pas dans mon habitude....là, je vais rester zen....je vais juste poser une petite question pour faire réfléchir; devra t'on avoir ce pass pour faire nos courses en grande surfaces?!
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A
Merci Yvon pour ton partage et ton commentaire.
Amicalement,
Alexandra
Répondre
Y
Merci Alexandra pour ce témoignage...
Loin des discussions partisanes qui enflamment les réseaux sociaux, tu nous présentes clairement ta situation.

Tu es coincée entre l'enclume des règlements sanitaires à appliquer pour protéger au mieux la santé de tous, et, le marteau de la liberté brandi par chacun...

Je pense que si tes amis sont vraiment tes amis, ils sauront respecter tes contraintes sans te mettre en défaut, et risquer de te voir lourdement pénalisée.

Oui, la liberté de chacun doit pouvoir s'appliquer dans le respect de tes obligations, même si nous savons tous qu'elles peuvent te paraitre lourdes, contraignantes et même peut-être inutiles.

Nous allons continuer a appliquer au mieux ce qui nous est imposé, pour vous permettre de travailler sereinement, et de vous consacrer à votre métier...
Courage, nous sommes à vos côtés, et si tu me surprends à na pas respecter les règles, je ne t'en voudrais pas de me rappeler à l'ordre...

Amicalement

Yvon
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